L'Encyclopédie Fantastique

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Les Gaki

 

  Dans la cosmologie bouddhiste les êtres humains naissent, meurent et renaissent indéfiniment, enfermés dans un cycle dont ils ne peuvent s'extraire qu'en en prenant conscience et en suivant une ascèse destinée à limiter leur impact sur Terre. Il existe six voies de réincarnation possibles après la mort, qui prennent en compte le karma du défunt, c'est-à-dire l'ensemble de ses actions et des intentions qui les ont dictées. Trois sont vertueuses et comportent autant de souffrance que de bien-être ; ce sont les voies qui mènent aux dieux, aux non-dieux et aux êtres humains. Et trois sont destinées à ceux qui ont pêché par la haine, l'avidité ou l'ignorance, et mènent aux animaux, aux fantômes affamés ou aux enfers. Ces six voies constituent le samsara, symbolisé par la roue de l'existence et dont il n'est possible de sortir qu'en atteignant l'éveil, le nirvana. Cet état peut être accessible lors de la vie ou après la mort mais il constitue un détachement absolu, non une survie de l'âme. D'autres personnes que moi vous parleront bien mieux de cet idéal d'illumination, de délivrance et de paix ultime, aussi intéressons-nous aujourd'hui à l'impureté que nous maîtrisons mieux !

 

Les Gaki en japonais, Preta en sanskrit, se situent juste avant le plus bas barreau de l'échelle des réincarnations proposée par le bouddhisme. Ils sont ce qui attend les personnes avides, sans cesse poussées par le désir et par le vice, mais peuvent également naître de rituels mal accomplis par les familles des défunts. A l'inverse il est possible de sauver un membre de sa famille qui se serait réinarné en Gaki après sa mort grâce à d'autres rituels adaptés. 

 *Détail du rouleau des “fantômes affamés”, emaki, 12ème siècle, Trésor national, Tokyo*

 

La plus ancienne mention des êtres affamés au Japon date du XIIe siècle. Deux rouleaux formant un emaki, c'est-à-dire une histoire illustrée rédigée horizontalement, les présentent errant sur Terre au milieu de scènes de la vie quotidienne. On y voit des êtres décharnés au ventre gonflé et à la peau grise qui tentent de s'accrocher aux vivants pour se nourrir à travers eux. Ces Gaki sont torturés par leurs désirs qu'ils ne peuvent jamais combler. Ils ont une faim insatiable de nourriture, de richesses et de plaisir mais tous les moyens de l'apaiser leur sont enlevés. Suivant les mauvaises actions qui leur ont valu cette pénitence, ils connaissent quelques variantes dans les tortures qui leur sont infligées. La plupart d'entre eux qui ont abusé des plaisirs voient tous les mêts qu'ils approchent se consumer dans les flammes qui jaillissent de leurs bouches. Ceux qui ont volé les biens d'autrui par appât du gain finissent ébouillantés dans de gigantesques marmites, ceux qui ont dévoré de grandes quantités de nourriture sans jamais les partager sont condamnés à sentir des odeurs de cuisine pour que leurs bouches ne se referment que sur du vent. Ceux qui ont vendu du saké frelaté demeurent à proximité d'une rivière qu'ils ne peuvent atteindre et souffrent en permenence de la soif. D'autres ne peuvent se sustenter que de vomi et de déjections.

 

Bon appétit bien sûr !

 

 

 

/Spawy 

 



24/04/2018
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