L'Encyclopédie Fantastique

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Mythologie Egyptienne


Kek

   Bien le bonjour, chers amis. Aujourd’hui, comme promis, nous replongeons dans une mythologie que nous avions laissée pour finie. Je vous laissai la dernière fois avec cet indice : grenouille. Non pas que nous allions parler de gastronomie française après avoir causé du plus français des alchimistes. Au contraire, nous allons nous éloigner de notre beau pays, traverser la Méditerranée et retourner plusieurs millénaires en arrière. Vous l’aurez sans doute compris, nous retournons en Egypte antique.

 

Nous avions abordé à peu près toutes les divinités majeures de cette mythologie. Mais il a été porté à ma connaissance un dieu primordial qui depuis peu rentre dans l’imaginaire internet à grand renfort de shitposting (c’est-à-dire de publications merdiques). Mesdames et Messieurs, je vous demande d’applaudir Kek, la divinité du chaos et de la nuit.

Rappelez-vous : au départ il y avait Noun, le chaos primordial, un non-monde informe et non policé. De ce dernier naquirent plusieurs dieux qui donnèrent la foultitude que nous connaissons de ce panthéon. Mais il y en a un qui est passé à la trappe de l’Histoire et de la mémoire. Ce dieu, c’est Kek, ou Kekou (à lire Kèk, ou Kèkou). Il est le dieu du chaos. Non pas celui qui apporte le chaos, mais celui qui le représente et qui nous en fait sortir. C’est pour cela qu’il est aussi le dieu de la nuit. Mais attention, pas de toute la nuit ! Non, il est le dieu de la nuit qui précède la première aube. Oui, ils sont chiants les titres des dieux égyptiens. Bien qu’il soit androgyne, il a avec lui une parèdre, c’est-à-dire une divinité avec laquelle il forme un couple (moi aussi je viens d’apprendre ce mot de parèdre qui veut dire « assis à côté »). Elle se nomme Kekout, ou Keket (oui, ça se lit kèkette, vous comprendrez pourquoi je vais utiliser ce nom désormais). Si Kek incarne la nuit avant l’aube, Keket incarne quant à elle la nuit juste après le crépuscule. On a donc un beau couple ténébreux.

 

Ils devraient avoir des gueules bien badasses logiquement. D’un côté, on a Keket, une femme à tête de serpent (aussi badass que phallique, n’est-ce pas ?) et d’un autre côté… ben on a Kek, un homme à tête de grenouille (un peu moins badass, mais il incarne quand même le chaos et les ténèbres). En ce qui concerne ses pouvoirs, on ne sait pas grand-chose sinon que c’est lui qui nous a extirpé de Noun. Et ça, c’est déjà pas mal et ça révèle bien sa grande puissance.

 

Pour ce qui concerne l’aspect égyptien de Kek, c’est grosso-modo tout ce qu’on a. Mais sa mythologie est repartie récemment grâce à la puissance des internets, comme je le disais plus haut. En effet, internet est le pays des trolls et de tous ceux qui publient et écrivent n’importe quoi. C’est donc assez naturellement qu’un pays fictif y est né : le Kekistan. Le nom est grandement inspiré de la déité qu’est Kek. Et cela n’est pas sans raison ! Les kekistanais sont ceux qui apportent le chaos sur les internets, donc il est bien normal de retrouver le dieu du chaos comme divinité protectrice de ce pays. Le culte de Kek en est d’ailleurs la religion principale. Le Kekistan est également pourvu d’un drapeau et d’un hymne : la chanson Shadilay (je n’ai aucune idée du rapport).

 

Bref, ce dieu égyptien méritait amplement son article, déjà parce qu’il a la classe, puis aussi parce que ç’a été le moins chiant à traiter. Je vous laisse donc ici pour cette fois. A bientôt et n’oubliez pas : prrrrrraise Kek !

 

 

 

/Le Prof

 


18/06/2017
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Le jugement de l'âme

   Bonjour et bienvenue dans ce dernier article consacré à la mythologie égyptienne. Nous allons nous quitter avec un mythe majeur, un pivot, LE pivot oserai-je dire, qui structure toute cette mythologie : le jugement de l’âme.

Nous l’avons souvent évoqué tout au long de cette anthologie égyptienne, mais l’après-monde tient la place centrale de toute cette religion. L’après-monde, ou encore monde des morts, Au-delà, Enfers (au sens grec), est celui où les défunts passent leur mort jusqu’à la fin du monde. Mais ne passe pas l’éternité dans une béatitude appréciable qui veut ! C’est pourquoi les hommes doivent subir une dernière épreuve qui scellera définitivement leur sort après leur mort.

Il y a aux portes du royaume des morts un tribunal, où sont jugées une à une les personnes décédées. Oui, il y a une sacrée file d’attente, mais que voulez-vous ? Ils n’ont que ça à faire, de toute façon ! Vous vous souvenez de ThotOsiris et Anubis ? Ces trois gengens sont des figures principales de ce tribunal. Je vous explique.
Le défunt arrive dans une salle qui lui présente une balance à deux plateaux. Dans le plateau de droite se trouve une plume d’autruche, que l'on dit être la chose la plus légère aux mondes (l’autruche est l’animal totem de Maât, la déesse de la vérité). Dans le second plateau, le défunt devra mettre son cœur. Derrière cette balance, la salive aux babines (ou du moins à ce qu’on pourrait appeler « babines »), on trouve Ammout. Qui est Ammout ? Attendez encore un peu, j’y arrive. On aperçoit aussi Anubis près de la balance, qui vérifie le bon fonctionnement de cette dernière (il est surbooké le mec !). Plus au fond de la salle, on trouvera Thot qui, comme il est dit dans l’article qui lui est consacré, fait office de greffier, mais aussi une douzaine de dieux qui font office de jurés. Parmi eux, Osiris, qui préside tout le processus, est gardé par Isis et Nephtys (il sait s’entourer le bougre !).
 
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Et vous êtes là, pleins de questions : « Ouuuiiiii-euuuh ! Mais c’est quoi cet Ammout-euuuh ? Et puis c’est quoi cette balance-euuuuh ? » Ben j’y viens. Le fait est que le jugement de l’âme comporte deux étapes : d’abord la pesée du cœur, puis le jugement à proprement parler. La pesée du cœur est un moment crucial. Comme je le disais plus haut, le défunt doit mettre son cœur dans le deuxième plateau de la balance. Vous me direz qu’elle doit pencher irrémédiablement vers celui-ci, parce qu’il est forcément plus lourd qu’une plume d’autruche. Je pourrais vous répondre par un tonitruant « Mais taisez-vous ! », en citant alors l’ami Finkie, mais comme je suis civilisé et pédagogue, je vais simplement répondre que c’est un cœur fantomatique. Bah oui ! C’est une âme privée de son corps qui est jugée ! Le corps, lui, repose dans une tombe à l’état de momie, et c’est justement pour pouvoir le retrouver dans l’après-monde que le défunt est jugé. Le cœur posé dans la balance n’est pas un organe, mais est le berceau moral de l’âme. Si le mort n’a pas commis de trop grands péchés durant la vie, alors la balance ne penchera pas (la plume est le symbole de la rectitude). Les dieux discuteront du cas et, généralement, accepteront le défunt au royaume de l’après-vie. En revanche, si la balance penche, il va déguster le macchabé. Car si la balance penche, ça signifie qu’il est un voyou, un coquin, un malandrin, un margoulin, bref, une bonne grosse raclure. Là le verdict est immédiat : le cœur est dévoré par Ammout et jamais plus cette personne ne pourra se réincarner, donc le royaume des morts lui est refusé.

J’en viens donc à Ammout. Le « chien » de garde du tribunal et animal de compagnie d’Anubis est un monstre au corps d’hippopotame, aux pattes avant de lion et surtout à la tête de crocodile. Je crois que vous comprendrez pourquoi, d’après ce que je viens de dire un peu plus haut, on le surnomme « la dévoreuse des âmes impures ». C’était donc Ammout. N’empêche, ne vous avais-je pas dit qu’Anubis était un dieu über-badass ? Hein ? Je l’avais dit ou bien ?

Pour finir, je vais quand même vous décrire la deuxième version, plus tardive, du jugement de l’âme. Cette version ne repose pas sur la pesée du cœur, bien qu’elle soit toujours présente, mais sur la confession négative. C’est-à-dire que le défunt doit jurer ne pas avoir commis tel péché devant un jury de quarante-deux divinités (je vous disais qu’il y en avait beaucoup des dieux), et ce pour absolument tous les péchés. La balance pourra certes pencher, mais si le jury décide qu’il est bon pour le royaume de l’après-vie, alors : ainsi soit-il. Cette version est quand même moins badass que la pesée du cœur, ne trouvez-vous pas ?

Bref, je vais m’arrêter là. Chers amis, voici une nouvelle catégorie qui se termine. Mais il me reste encore de grandes œuvres à produire ! Donc sèche ta larme, petit lecteur, car je reviendrai bien assez vite ! Sur ce, bonne journée et vive Anubis !
 
 

/Le Prof
 

13/11/2016
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Anubis

   Bien le bonjour, vous qui avez soif d’histoires. Je m’en viens vous désaltérer avec une dose d’Égypte Antique. Vous ne pouvez pas savoir quel mal j’ai eu à écrire cet article ! En effet, nous allons parler d’un dieu omniprésent (oui, j’ose le dire !) dans l’histoire de la mythologie égyptienne. Aujourd’hui, nous plongeons dans l’autre monde pour rencontrer Anubis.

14670858_1154085581339504_4142155145605207366_n.jpgLe culte d'Anubis a été le plus long que j’ai jamais pu étudier jusqu’alors. Il remonte à l’origine de la mythologie, c’est-à-dire plus ou moins le XXXIIè siècle avant J-C, et s’arrête entre les IVè et VIè siècles après J-C, donc entre les années 300 et 500 de notre ère. Et retracer près de quatre mille ans de culte, c’est un travail de forcené ! Vous comprendrez alors pourquoi cela fait trois ou quatre fois que je réécris cet article.

Bref, Anubis est connu et reconnu comme le dieu passeur de l’autre monde. Il est principalement identifiable à son attribut animal, le chacal, ce qui fait de lui l’un des plus anciens cynocéphales jamais répertoriés ! Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un cynocéphale, allez voir l’article correspondant pour commencer ; ensuite il vous suffira de savoir que c’est un homme à tête de chien (et non pas un homme à tête de chinois, un sinocéphale, comme me l’écrivait Spawy). Anubis est fils de… ben de qui vous voulez, selon votre préférence : de la vache primordiale Hésat, nourrice du soleil qui donne naissance aux rois sous forme de veaux d’or, ou de l’union improbable de Râ et Nephtys, ou encore de l’adultère entre Nephtys et Osiris.
Quand Seth tue et démembre Osiris, Anubis fait partie du squad qui va chercher les morceaux du boss et c’est lui qui le momifie, entamant ainsi cette mode funéraire qui fait la joie des vendeurs de costume d’Halloween et des cinéastes d’horreur. Du fait de sa grande dextérité à créer des momies, c’est-à-dire à rendre les corps imputrescibles et immortels, on lui a attribué un poste dans l’autre monde (lequel correspond grosso-modo au nôtre), appelé aussi « le Bel Occident ». Anubis est également le chef des nécropoles (thanks captain obvious) et la divinité protectrice de Cynopolis (non Spawy, c’est la cité du chien, pas du chinois).

Il y a tant de choses à dire sur lui qui peuvent être contradictoires que je vous laisse rechercher les à-côtés par vous-même. Je me réserve néanmoins le passage ultra important de la pesée de l’âme, mais ce sera pour l’ultime article de cette saga égyptienne. Je finirai quand même en affirmant qu’Anubis se place sur mon podium des divinités badass, ne serait-ce que pour sa longévité ! Sur ce, je suis crevé et je vais me coucher pour un repos que j’espère n’être pas mon dernier.
 
 

/Le Prof

24/10/2016
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Toth

   Bien le bonjour, vous qui avez soif de connaissance. Aujourd’hui, tâchons de parler bien car le dieu qui nous intéresse est celui qui a sous sa coupe la protection des scribes. Aujourd’hui, donc, causons un peu de Toth.

 

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Toth est donc le dieu des scribes. Mais pas seulement. Il est le dieu du savoir, de toutes les sciences, des arts, des guérisseurs, des magiciens et bien sûr de la lune, comme dit dans un article précédent. Du fait qu’il régisse les cycles de l’astre lunaire, d’aucuns lui prêtent le pouvoir de commander au temps. En des mots plus vulgaires, Toth gère grave.
Il a un savoir illimité (ce pourquoi il est représenté comme un homme à tête d'ibis*) et est en charge de le transmettre. C’est lui qui, pour permettre cette transmission, invente le langage et l’écriture. Il connaît tout sur tout et sait des formules magiques auxquelles les dieux eux-mêmes ne résistent pas. Ainsi, il est dit que celui qui déchiffrera le Livre de Toth surpassera les dieux. Son savoir lui vaut d’être respecté par les autres divinités, néanmoins, il est conscient de sa supériorité intellectuelle et a tendance à être quelque peu présomptueux, pompeux, ennuyeux à cause de son goût pour les formulations alambiquées, les tons empruntés et les discours soignés et précis. Malgré le respect que chacun a pour lui, Toth se prend quelques remarques sur cet aspect agaçant de sa personnalité.

 

Un problème d’interprétation et de différence de culte perturbe le récit de ses origines. En effet, dans le mythe osirien sur lequel se base mon article sur Horus, Toth est censé naître d’un combat entre Seth et Horus. Or selon d'autres versions, Toth devrait exister depuis plus longtemps. Aussi ne revenons pas sur ce sujet, l’important c’est qu’il soit celui qui soigne l’œil gauche d’Horus.

 

Une autre de ses attributions est d’être le scribe des dieux et notamment le greffier d’Osiris lors des procès des morts. Si Anubis s’occupe des manipulations et qu’Osiris préside et prend la décision finale lors de la pesée de l’âme, Toth est celui qui vérifie et note tout. Il est généralement présenté comme un dieu secondaire, de moindre importance. Mais il n’a absolument pas de quoi rougir face à Râ. Je dirai même qu’il est plutôt l’autre face de la pièce sur laquelle se trouve le dieu solaire. Bref, Toth envoie du boudin !

 

Voici qui est tout pour moi, je rends l’antenne. A bientôt et n’oubliez pas, Toth SAIT ce que vous faites le soir sous votre couette !

 

 

 

 

/Le Prof

 

 

 


*L'ibis est connu pour savoir distinguer l'eau potable de l'eau non-potable. Ainsi, il est l'oiseau qui sait et c'est donc naturellement qu'on représente le dieu qui sait tout par l'ibis.


30/08/2016
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Horus

   Bien le bonjour, mes petits chasseurs-cueilleurs. Aujourd’hui, nous allons parler d’une des plus anciennes divinités de la mythologie égyptienne. C’est aussi l’une des plus respectée. Nous l’avons déjà évoquée succinctement à plusieurs reprises : penchons-nous d’un peu plus près sur le cas d’Horus.

14064262_1096999660381430_1691557591461293584_n.jpgHorus est le fils posthume d’Osiris. Souvent représenté avec une tête de faucon ornée de ce qui sert de couronne aux pharaons, Horus est dépeint comme un fils aimant. Ses autres attributs sont ses yeux. Le droit est une émanation du soleil et le gauche de la lune. Il entretient une rivalité de chaque instant avec Seth, les deux dieux se blessant l’un l’autre au cours de chacune de leurs batailles. Horus sera touché à l’œil gauche et c’est Toth qui le soignera, puisqu’il est affilié à la lune. Cela donne une belle symbolique pour expliquer les différentes phases de la lune. D’ailleurs, Thot naît des affrontements entre Seth et Horus, mais nous en reparlerons plus tard.

Si Horus est l’un des dieux les plus suivis dans l’Egypte antique, c’est parce qu’il est à la base d’une des plus anciennes lignées de consanguins du monde : la monarchie pharaonique. Comme tout pharaon, il représente l’ordre et est garant de l’harmonie cosmique.

Il n’y a rien de plus à dire sur Horus si ce n’est rappeler sa victoire contre Seth. Comme on l’a dit, un tribunal est convoqué pour juger la querelle entre eux, le procès semble interminable et dure environ 80 ans. Saoulés de tout ce bazar, les juges proposent aux contestataires une série d’épreuves. Les deux dieux acceptent et finalement, Horus en ressort vainqueur.

Voili-voilou pour Horus. Je vous laisse pour l’heure, à bientôt.

 
 
/Le Prof

22/08/2016
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Seth et Nephtys

   Bien le bonjour, mes petits égyptologues. Aujourd’hui, nous allons parler du couple Seth-Nephtys. Si vous avez suivi les articles précédents, vous devez deviner que ce couple est l’exact opposé de celui proposé par Isis et Osiris.

 

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13873186_1093471794067550_1038071420808974899_n.pngAu départ, leur mariage semble heureux et Nephtys est réellement amoureuse de son frère - en passant, Nephtys ressemble à une femme munie d'ailes d’or et de bleu et est donner un enfant à Seth. De plus, Seth est extrêmement jaloux. En ajoutant à cela qu’il règne sur un désert inhospitalier, qu’on ne lui rend pas grâce comme à Osiris et qu’il ne ressemble à rien (oui, sa tronche n’est pas celle d’un animal), on comprend un peu mieux pourquoi il a occis son frère. Mais cependant qu’il règne à la place d’Osiris et instaure l’impôt pour passer dans le monde d’après, Nephtys, qui apprécie et est encore appréciée des autres dieux, s’en va aider Isis et Thot à retrouver les morceaux d’Osiris.

                                  

Ce va être un petit article car les histoires de chaque divinité sont tellement liées aux autres que vouloir être exhaustif est impossible (sauf si je faisais un article unique de 40 pages). Aussi, plutôt que de nous répéter, nous allons parler un peu d’Horus. Le fils d’Osiris (et la troupe qui l’accompagne) est donc en conflit avec Seth pour le trône d’Égypte. Après quelques batailles où Horus n’arrive pas à vaincre, les autres dieux sont convoqués pour régler cette affaire avec un procès. Peu sont du côté d’Horus, qui n’est pas reconnu comme fils légitime d’Osiris. C’est notamment le cas de Râ, qui préside l’assemblée.

 

Durant ce procès, qui dure plusieurs décennies, le comportement de Seth devient de plus en plus tyrannique et Râ commence à se dire que finalement, ce serait peut-être mieux de placer Horus, qui l'adore et semble vivre justement, sur le trône. Aussi, pour clore le procès, on propose un dernier duel entre les deux. Horus gagne, Seth râle auprès de Râ, et Râ généralement représentée avec un trône ou le disque solaire ceint de cornes de bœuf sur la tête. Mais le fait est que Nephtys est la déesse de la stérilité et est donc incapable de l’envoie se faire foutre. Le dossier est clos, et Seth monte finalement sur la barque de Râ pour l’aider à poutrer Apophis, comme Râ l’avait prévu au début.

 

Voilà, je vous dis à la prochaine.

 

 

 

/Le Prof


18/08/2016
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Isis et Osiris

   Bien le bonjour, chers égyptologues en herbe. Aujourd’hui, nous continuons notre tour du Nil à travers le premier couple divino-royal d’Égypte : Osiris et Isis. Avant toute autre chose, je tiens à signaler que les noms égyptiens sont hellénisés (en grec quoi). Par exemple, Osiris en égyptien se note avec un hiéroglyphe (comme tous les trucs égyptiens) qu’on pourrait lire « Wsjr ». Et non, je ne veux pas épuiser le peu de raison qu’il me reste.

Frère et sœur, Osiris et Isis sont le premier couple divin à régner. Et ce règne est sous de bons augures. En effet, Osiris est le dieu de la fertilité (au sens agricole) et du renouveau, et Isis est la déesse de la fertilité (au sens de fécondité). Leur règne est marqué de justice, de bienveillance et de générosité, ainsi que par plusieurs inventions telles que la religion et l’agriculture. On représente Isis comme une femme, portant sur sa tête le disque solaire entre des cornes de bœuf (ou un trône, meh), et Osiris comme un homme portant les apparats des rois (coiffe, sceptres, barbe postiche). Il y a quand même un détail qui choque : il a la peau verte.

« -Encore une preuve de la théorie des anciens astronautes et que le gouvernement nous ment !
-Mais que fais-tu encore là ?
-Je dénonce les mensonges d’État et—
-Tais-toi sinon tu vas t’en prendre une ! Je vais le dire pourquoi il est vert ! »
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Isis et Osiris ne sont pas les seuls dieux. Leur fratrie est encore composée de Nephtys, déesse de la stérilité, et de Seth, dieu de la destruction. Et Seth alimente une grande jalousie envers son frère. En effet, Osiris jouit d’une vie luxuriante et douce aux rênes du pays alors que lui s’est retrouvé en charge du désert, qui est sombre et plein de dangers. C’est pourquoi, un matin qu’il s’était réveillé du pied gauche, Seth s’en vient chez Osiris, le tue tranquillement et prend sa place.
Vous vous en doutez, la direction du pays n’est plus exactement la même et il en va de même pour le monde de la mort. En effet, Osiris laissait chacun passer dans l’autre monde, sans regarder l’âge, le sexe ou la richesse. Avec Seth, il faut raquer mon goret ! Saint Trop’ pour ceux qui ont du flouze et les favelas brésiliens pour les pauvres (service CRS bien vénères compris) ! Et chez les vivants, ce n’est guère mieux. Isis n’aime pas trop beaucoup ça et à l’aide de sa sœur Nephtys, de Thot et d’Anubis, elle va chercher le corps d’Osiris pour le planquer dans un marais ; cadavre découvert peu de temps après par Seth lors d’une petite chasse. Et là, Seth il est colère. Il découpe le corps de son frère en plusieurs morceaux (entre douze et quinze), qu’il disperse un peu partout. De ce fait, la petite troupe se remet en quête des morceaux du puzzle – euh ! d’Osiris – pour pouvoir le reconstituer et lui faire faire un enfant. Comment ? Eh bien en le momifiant et en lui inspirant un léger souffle de vie, pardi ! Voilà pourquoi il a le teint plus proche de la pénicilline que de la peau hâlée des égyptiens. Par contre, comment ils se sont débrouillés pour lui faire engrosser Isis, c’est un mystère, car il manque un morceau d’Osiris qui doit être dans l’estomac d’un crocodile. Et ce morceau… ben… c’est le service trois pièces (ils sont forts ces dieux égyptiens, diablement forts !).

Ainsi naît Horus. Isis devient apparentée au rite funéraire et Osiris, par sa droiture d’âme et sa générosité, devient le roi du royaume des morts et préside aux portes de la mort. Voilà qui termine notre histoire du jour. Mais ne vous inquiétez pas, nous reparlerons de Thot, Seth, Nephtys, etc., dans de prochains articles. A bientôt sur les bords du Nil.

 
 
/Le Prof 

06/08/2016
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La Création du Monde

   Bien le bonjour, mes chers étudiants. Aujourd’hui, nous allons plonger dans une nouvelle mythologie, que j’ai déjà évoquée à mes débuts. Je vous conseille de prendre une bonne bouteille d’écran solaire, de vous parer de tenues légères et d’or car nous partons dans les contrées exotiques et chaudes des bords du Nil. Aujourd’hui, nous commençons la mythologie égyptienne.
 

   Commençons donc par le début, si vous le voulez bien. Au début, il y a le chaos primordial, le Noun, une sorte d’océan sans forme dans lequel réside tout le potentiel pour faire un monde. Dans cette bouillasse se trouve une entité créatrice qui pionce comme un loir. À un moment, elle se réveille (sans doute une envie de pisser). Et cet être prend conscience de tout le potentiel qu’il pourrait tirer du chaos. C’est pourquoi il se donne un corps. Il est nommé Atoum par les hommes : c’est le premier dieu. Atoum crée ensuite Chou et Tefount, qui sont respectivement le dieu des airs et des vents et la déesse de la lumière et de la chaleur. Ils sont nécessaires pour mettre en branle les eaux chaotiques du Noun. Chou fait crac-crac-boum-boum avec sa sœur (trop) bien aimée et deux enfants naissent de cette union : Ged, déesse de la Terre, et Nout, dieu du ciel. Atoum complète un peu le tout avec le Soleil, qu’il sort de son propre corps. Ainsi naît Râ (ou Rê, mais je préfère dire Râ).
 
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Atoum donne alors à tous ses rejetons des consignes strictes : Ged et Nout doivent rester séparés (comme Obélix, Atoum ne veut pas que le ciel nous tombe sur la tête) et Râ doit transporter le soleil selon une route précise pour instaurer le cycle jour-nuit. Vous reconnaîtrez peut-être un peu le rôle d’Apollon, qui tire le soleil avec son char. Sauf que nous sommes ici des milliers d’années avant les grecs et que Râ ne tire pas le soleil avec un char ridicule, lui, il le tire avec un putain de bateau ! Oui, tenez-le-vous pour dit, la Terre est plate. Au-dessus, le monde des vivants, au-dessous celui des morts (mais nous y reviendrons plus tard). Ainsi, la nuit arrive quand Râ passe sous la Terre.

Après tout ça, Nout donne naissance à plusieurs autres dieux et déesses, qui sont des plus connus : Isis, la déesse de la maternité, Osiris, le dieu de la fertilité et du renouvellement, Seth, le dieu de la destruction, et Nephtys, déesse de la stérilité. Mais très vite, il y a des dissensions entre les dieux (notamment à cause de Seth qui est un gros jaloux et qui fout la merde). De ce fait, Atoum, qui est un peu chagriné, verse des joues sur ses larmes… euh non, il verse plutôt des larmes sur ses joues. Et ces larmes tombent sur le sol. C’est ainsi que nous naissons, nous les hommes, ni bons ni mauvais. Ce sont les actions des dieux qui déteignent ensuite sur notre comportement.

Si les dieux ont une longévité et une force bien supérieures à celles des hommes, ils sont néanmoins mortels. Ils peuvent mourir et le chaos l’a bien compris. En colère contre Atoum qui avait puisé en lui pour créer le monde, le Noun engendre des monstres apocalyptiques afin de détruire la Création. L'un d'entre eux se démarque des autres puisqu’il est tout simplement indestructible : le grand serpent Apophis, personnification du mal. Il fait de Râ son ennemi juré et chaque nuit, quand son vaisseau franchit les limites du monde pour survoler le royaume des morts, Apophis attaque farouchement Râ pour tenter de dévorer le soleil. De ce fait, toutes les nuits a lieu un combat à mort entre le dieu et le monstre. On expliquera les éclipses (partielles ou totales) par des victoires momentanées d’Apophis sur Râ.

Voilà un bien gros article ! Mais bon, il fallait passer par là. Si vous avez peur de vous perdre avec tous ces noms, ne vous inquiétez pas, je ferai un second diagramme avec les noms et les filiations. Aussi, je tiens à vous rappeler que la mythologie égyptienne s’étire sur des milliers d’années et que chaque région ou ville avait sa propre cosmogonie (= genèse) selon le dieu principal qu’elles prenaient.
Pour avoir une idée, il y a autant de temps qui sépare les premiers rois d'Egypte de Cléopâtre qu'il y a de temps entre Cléopâtre et nous. De ce fait, même si la religion égyptienne est restée plus ou moins la même durant ces millénaires, il y a quand même eu plusieurs changements :
1) Du fait d'une religion très régionale, les mythes divergent sur certains points, que ce soit sur l'identité du démiurge créateur (certains disent que c'est Atoum, d'autres que c'est Râ, ou encore d'autres dieux) ou bien sur les divinités elles-mêmes (certains associent Atoum et Râ sous le nom d'Atoum-Rê).
2) Du fait des différents pharaons et rois, la place d'une divinité change, ainsi que son rôle.
3) Il peut y avoir jusque 700 dieux dans le panthéon égyptien.

Vous imaginez alors tout l'enfer qu'est cette mythologie, autant à traiter pour moi qu'à digérer pour vous. C'est pourquoi je ne vais parler par la suite que des dieux principaux. Je ne peux que conseiller aux plus curieux d'entre vous d'aller consulter des ouvrages et sites spécialisés si vous voulez en apprendre encore plus. Néanmoins, je suis ouvert aux demandes et si vous désirez que je parle de telle ou telle divinité que je n'aurais pas traitée ou que vous redoutez que je ne traite pas, alors je vous rappelle que l'espace des commentaires est là pour vous !

Sur ce, passez une bonne journée et à très vite pour le prochain cours.

 

/Le Prof


06/08/2016
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Le Phénix et ses multiples origines

   Le Phénix. 12669574_969514636463267_185195274446582894_n.jpgAvant de parler du mythe en lui-même, il faut s’arrêter sur son immense popularité. En effet, il y a beaucoup de choses nommées d’après lui, que ce soit des plantes, des poules, des villes américaines, des personnages fictifs ou encore un cépage de vin blanc allemand. Et ce sans compter toutes les chiées de références en musique ou encore au cinéma. Si vous êtes de ma génération, vous reconnaitrez à droite une figure emblématique des Chevaliers du Zodiaque : Ikki, le chevalier de la constellation du phœnix. Remarquez que les deux orthographes phœnix et phénix sont valides, aussi j’utiliserai les deux sans distinction aucune.


Bon, comment vous dire que c’est un peu le bordel niveau mythologie ? Vous voyez toutes les occurrences modernes du phénix que je viens de faire ? C’est la même chose dans les mythes et légendes. En effet, on peut remarquer en linguistique – oui, je digresse un peu – qu’il existe des mots qui se retrouvent sans grande variance dans toutes les civilisations ou presque, comme papa et maman ; hé bien c’est un peu la même chose pour le phœnix. Il se retrouve dans plusieurs mythologies qui ne coïncident pas toujours. Soyons alors méthodiques.

L'une des figures les plus anciennes du phénix est celle rapportée par Hérodote de légendes égyptiennes. Ici, l’oiseau serait une sorte d’aigle intelligent, lié aux dieux  et Osiris qui « embaumerait » son père dans un œuf qu’il fabriquerait avec de la myrrhe et qu’il porterait jusqu’au temple du Soleil. On trouve aussi celle d’Hésiode, lequel décrit la longévité du bousin comme extrêmement longue : 972 vies d’homme (quand même dix fois moins que les Nymphes). Ça, c’est du côté des grecs.

On trouve aussi une occurrence du phœnix dans une fable perse du XIIIème siècle. Ici, rien de bien folichon, les oiseaux (qui représentent les hommes) cherchent leur Roi – le phénix – et mené par la Huppe (un autre oiseau) ils vont par des chemins très difficiles où beaucoup perdent la vie, pour finalement se faire refouler aux portes du palais du phénix. Morale de l’histoire, le phénix perse est un thug.

Maintenant, on va voir du côté des chinois, et j’en profite pour vous enjoindre à aller lire l’article sur le qilin (ou kirin) de notre chère Spawy (article qui date de 2014, ça ne nous rajeunit pas). Dans la mythologie chinoise, donc, le phénix trouve deux occurrences : le feng et la huang qui sont respectivement le mâle et la femelle. Mais cette distinction est souvent éludée en faveur de l’appellation unique fenghuang sous le sexe femelle. Il est affilié au dragon, son pendant masculin. D’ailleurs, si le dragon est l’emblème de l’Empereur, le fenghuang est l’emblème de l’Impératrice. Il est par ailleurs aussi affilié au qilin, apparaissant lors de la venue d’un grand sage, c’est-à-dire présageant une période faste. D’aucuns pourraient le confondre avec l’Oiseau Vermillon du sud, mais il ne faut pas. Ce dernier est un esprit zodiacal vivant dans le ciel tandis que le fenghuang règne sur tous les oiseaux terrestres.


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B
on, après tout ça, il nous reste les représentations qui nous sont le plus familières. Mais il faut encore regarder du côté des romains, des russes/slaves, des juifs et enfin de la chrétienté. Commençons avec les romains. Chez Tacite, Ovide ou encore Pline l’Ancien, le phœnix est mentionné comme un oiseau qui, lorsqu’il est vieux, se décompose pour en engendrer un jeune. Plus tard, on verra apparaître le thème du bûcher. On entendra par-là que le phénix s’embrase pour renaître de ses cendres. On notera que le phénix sera frappé sur les sesterces de deux Empereurs de Rome (Trajan et Constantin 1er). Chez les juifs, il est rapporté que lorsqu’Adam et Ève mangèrent le fruit défendu et que la mort leur fut décrétée, tous les animaux en mangèrent un peu pour être mortels également. Un seul animal refusa : le Khôl. C’était le phénix. De ce fait, il vit pendant mille ans avant que son nid ne s’embrase en laissant un œuf duquel renaîtra le jeune phénix.


Du côté de ceux qui utilisent l’alphabet cyrillique le phénix – « jar-ptitsa », l’oiseau chaleur – est un oiseau légendaire (sans blague) paré de plumes rougeoyantes et venu d’un pays lointain. Il représente à la fois une bénédiction et une malédiction pour celui qui l’attrape. Il est décrit plus précisément comme un paon à crête et aux plumes irradiantes d’une chaleur rougeoyante, telle la flamme d’une bougie. Pour les russes, le phénix est une femelle, à l’instar du fenghuang chinois.

Finalement, dans nos contrées, le phénix est d’abord une figure païenne reprise par la chrétienté. Premièrement vu comme un symbole de feu créateur et destructeur, il sera ensuite repris par les autorités religieuses. Depuis, il évoque l’inverse de Lucifer, qui symbolise le feu destructeur, puisqu’il détruit pour purifier et faire renaître. Ainsi, il symbolise la résurrection du Christ. Malgré cette interprétation religieuse, on retient aujourd’hui seulement la version païenne.

Voilà qui est fait pour le phœnix, l’oiseau de feu résurrecteur. On remarquera quand même quelques variantes selon les histoires. Parmi elles, je noterai celle qui veut que les larmes du phénix guérissent n’importe quelle blessure.



Sur ces bons mots, je vais vous quitter pour l’heure. À bientôt !

 

 

/Le Prof


18/02/2016
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